Archive pour la catégorie 'ma vie'

une étoile au fond du coeur-10ème partie

angegardien.jpg  Quelques mois avant la naissance , ils ont cherché des prénoms. Dès le début le « futur nouveau père » a bien fait savoir que pour celui-là, son fils, son « vrai » fils, pas de prénom juif hein ! mais comme en France on peut donner jusqu’à treize prénoms au même rejeton, elle est arrivée, à force de larmes, de cris, de menaces, de caresses à obtenir le droit de choisir le deuxième prénom.  

Aout 1969. Lévy et sa famille ont décidé de visiter l’Europe et quatre jours sont prévus à Paris. Ils descendent chez elle et elle va enfin découvrir le visage de celui avec qui elle correspond depuis plus d’un an mais là, une sacrée surprise l’attend :il ne parle pas un mot de français alors qui écrivait les lettres ? c’est tout une histoie. 

Lorsque sa première lettre à elle est arrivée à Ashdod, Lévy s’est précipité chez son meilleur ami pour qu’il la lui traduise en hébreu ; quand il a écrit sa réponse, le même ami l’a traduite en français et écrite pour lui. N’ayant jamais su qu’il y avait un intermédiaire, elle a toujours crû qu’il était francophone. L’anglais, elle l’a appris à l’école deux heures par semaine pendant trois ans et comme elle n’a jamais eu à l’utiliser elle a tout oublié sauf : « my tailor is rich, my tailor is not rich », mais cela ne sert pas beaucoup. 

Pourtant, tout va bien se passer ; à la place des mots on fait des gestes et puis, quand on est heureux d’être ensemble, ça se lit dans les yeux. Ils ont visité Paris, elle, dans son huitième mois de grossesse ne les a pas suivis partout mais ils sont tous allés un soir aux Folies Bergères. 

Le mari a été charmant pourtant « ça devait drôlement puer le juif dans cette maison à ce moment là ». C’est que, voyez-vous, ceux qui disent : »je ne suis pas raciste mais…. » sont des gens qui ignorent qu’ils le sont ; c’est un racisme à l’état larvaire qui, en temps de paix ne se manifeste jamais en face et puis quelqu’un n’a –t-il pas écrit que « tout le monde a SON bon juif » peut-être que le mari venait de trouver le sien. ? 

On se quitte avec beaucup de peine, on s’écrira encore plus maintenant que l’on se connaît bien.

 Alexandre, Samuel, Mathias, Ludovic dit « Bichon » est né par césarienne en ce mois de Septembre 1969 et c’est un petit monstre, comparé à son frère qui était au même âge si sage. Toutes les nuits pendant trois ans, il crie et si par hasard il oublie, sa mère se lève quand même croyant qu’il s’est étouffé. Il ne finit pas ses biberons, donc allées et venues incessantes chez le Docteur ; dès qu’il le peut, il se traine à quatre pattes et touche à tout ; il sait déjà enlever les cache-prises et comme il voit tout, il sait où sont les couteaux, les ciseaux et les allumettes, alors dans ces conditions, elle n’a pas beaucoup de temps à consacrer à l’ainé qui s’enfonce encore un peu plus dans son monde chaotique. 

Et puis, il y a eu le problème de la circoncision apparemment insoluble mais là aussi elle a gagné car son mari est circoncis à la suite d’un phimosis (étroitesse du prépuce qui empêche de découvir le gland) ; il a subit cette opération à l’age de sept ans et se souvient encore combien c’était douloureux alors, elle explique que cela pourrait aussi arriver à « Bichon » ; pourquoi ne pas le faire opérer médicalement dès son plus jeune âge, ainsi il ne se souviendra pas de la douleur et le bon père accepte. 

Elle connaît déjà Danielle qui travaille dans le laboratoire près de chez elle, alors elle s’adresse à elle : «  donne- moi l’adresse d’un chirurgien juif, je sais que cela n’a aucune signification religieuse mais si D-ieu me regarde, il saura que j’ai fait ce que j’ai pu. » Le médecin est facile à trouver et en plus, il opère dans la clinique qui se trouve à cent mètres de chez elle, là encore le mari n’y verra que du feu. 

Le jour de l’opération, pendant qu’elle est encore à la maison, seule, elle adresse à D-ieu une prière de sa composition ignorant ce que le « Mohel » peut bien dire en pareille circonstance : 

«  Mon D-ieu, bénissez la circoncision de mon fils Samuel et acceptez ma décision comme un acte d’amour et de respect envers vous.Je sais que vous existez, je vous sens en moi mais souvent aussi je vous oublie et vous en demande pardon. Ne m’abandonnez pas et protégez mes enfants ».   

  

Publié dans:ma vie |on 8 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-8ème partie

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Le triangle s’est désarticulé. Le mari, redevenu célibataire, travaille d’arrache pied  et surement sait quoi faire de ses longues soirées d’hiver et des belles nuits d’été. 
                         
L’épouse, clouée dans son lit d’hopital, perd contact avec la réalité et l’enfant qui a maintenant 4 ans, découvre la campagne, un pépé qui sait tout faire et l‘emmène partout et une mamy toujours collée à lui, le rêve quoi ! 
                         

Mais que devient une famille ainsi écartelée lorsqu’enfin, elle se réunit de nouveau. Rien de bien beau en vérité. 

Lui, bien parti pour faire une belle carrière est sans cesse sur les routes, cherchant toujours de nouveaux clients. 

 elle, maintenant avec des béquilles et très limitée dans ses mouvements, perd toute confiance en elle. A cela s’ajoute qu’ayant subi de très longues anesthésies, quatre au total, les produits utilisés sont encore présents dans son organisme, ce qui provoque de nombreuses pertes de mémoire. 

Et le gamin, qui a connu l’espace et la vie au grand air, se retrouve enfermé dans un appartement de deux pièces dans lequel il ne faut pas faire de bruit. 

Alors bien sûr, les scènes vont s’ajouter les unes aux autres et un problème nouveau va surgir. Quand ils se sont rencontrés, elle lui a dit son grand amour pour le peuple juif, lui a montré tout ses petits trésors sans oublier de raconter l’histoire de la circoncision. A l’époque, il a beaucoup aimé, parce que c’est bien quand même d’avoir une femme pas comme les autres ; ce genre d’histoire met un peu d’exotisme entre les draps et vraiment, il applaudissait très fort devant ce courage d’affronter ainsi l‘opinion publique. 
                      

Mais ça ! c’était quand tout allait bien parce que quand tout va mal, les valeurs basculent et le « plus » devient le « moins ». Par moments, « ça puait un peu trop le juif dans cette maison » et puis elle commençait «  à le faire chier avec ses histoires de youpins » jusqu’au jour où il la traite de « mère indigne ». En effet, avec ce qui c’est passé pendant la guerre, comment-a-t-elle pu affubler son fils de tous les stigmates le désignant pour le prochain holocauste ? 

Brutalement, on se souvient !

 Brutalement on prend conscience que ce qui s’est passé pourrait se reproduire. !  

Malgré tout le triangle désarticulé continue son petit bonhomme de chemin en clodiquant, comme elle, et on ne pense même pas au divorce, car est-ce-que cela arrangerait les choses ? 
                          

Elle a enfin repris le travail. Son boulot lui plait beaucoup car avant ses opérations, elle était la première et la seule secrétaire d’un patron qui venait de créer sa société et maintenant, elle se trouve à la tête du service commercial. 
                     

Depuis un certain temps, elle a remarqué dans la vitrine d’un magasin de son quartier, une jolie petite robe dont elle a très envie. Un jour, n’y tenant plus, elle rentre. La vendeuse la dirige vers la cabine d’essayage puis vient voir l’effet produit ; elle aperçoit alors au cou de la cliente l’étoile de David.

 «  c’est très joli ce que vous avez là ! »

 Elle sait par expérience que seul un juif peut dire cela car ce médaillon, pendu à son cou depuis des années maintenant, a fait couler beaucoup de salive. 

Au début, lorsque dans un lieu public on lui faisait un compliment identique, elle trouvait cela très gentil, disait merci et continuait son chemin mais le jour où, toujours dans un lieu public, un inconnu s’est adressé à elle pour lui signaler qu’elle n’avait vraiment pas besoin de porter sa carte d’identité autour du cou car son nez parlait pour elle, elle a compris qui était qui. Depuis, elle a pris l’habitude de prévenir les juifs qui se méprenaient qu’hélas elle ne l’était pas mais elle jouissait par contre de faire croire qu’elle l’était à ceux qui ne l’étaient pas.

 « Mais alors, pourquoi portez-vous cet insigne ? et de nouveau elle explique, et de nouveau sa nouvelle interlocutrice est émue aux larmes : 

  

David ! crie-t-elle à son mari qui se trouve dans l’arrière boutique, viens un instant écouter une histoire formidable.   

  

  

Publié dans:ma vie |on 8 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-9ème partie

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La robe a été achetée et elle a pris l’habitude de rentrer dans le magasin, lorsqu’elle passe devant, pour boire un café avec ses nouveaux amis, jusqu’au jour où elle se décide à leur demander quelque chose . 

«  je fais collection de timbres français et je voudrais bien faire aussi celle d’Israel, mais comme cela fini par coûter cher et que je n’ai pas beaucoup d’argent, ne connaitriez-vous pas par hasard, vous qui avez de la famille en Israel, quelqu’un qui accepterait de faire échange avec moi ? 

On va voir a-t-on répondu, on a vu et un jour elle a reçu la première lettre de son correspondant : il s’appelle Lévy, marié, père de trois enfants et une des plus belles correspondance de toute sa vie commence. 

Et le mari dans tout ceci que dit-il ? rien, peut-être parce que les timbres ont toujours été considérés comme un bon placement. 

 

Elle cherche une solution pour sauver son couple et petit à petit pense que si elle donnait à son mari un enfant vraiment à lui, il apprendrait peut-être à aimer et alors, son cœur s’ouvrirait aussi pour l’ainé qui n’attend que cela. 

Elle lui en parle (sans expliquer pourquoi) ; selon sa bonne habitude il ne s’engage pas et pendant deux ans elle entendra, en guise de réponse des phrases du genre : » on n’a pas les moyens de se payer un second gosse » ou encore « on a assez de problèmes avec un seul » puis les choses évoluent : « ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose » « après tout, pourquoi pas «  « il faut y réfléchir sérieusement » et elle obtient enfin son O.K. « après tout, fais ce que tu veux » 

Ca ! c’est tout lui, ne jamais prendre de responsabilités mais quand les choses sont faites il devient le juge qui reproche et condamne. 
Elle, elle ne pense qu’à une chose, avoir un autre enfant qui, elle en est sûre, va tout arranger, seulement c’est plus facile à dire qu’à faire car avec un mari absent toute la semaine, qui ne revient que pour le week-end,période pendant laquelle les scènes éclatent et se terminent à l’hôtel du cul tourné et en plus ne pouvant déterminer sa période de fécondité, car très mal réglée, il va falloir des mois pour qu’enfin une nouvelle vie soit en gestation. 

Comme pour son premier enfant, elle pensait travailler jusqu’au neuvième  mois mais les examens ont fait apparaître un problème hormonal ; elle doit s‘aliter pendant au moins les quatre premiers mois si elle ne veut pas perdre l’enfant. Bien que cela fasse un trou dans le budget, elle démissionne, heureuse malgré tout, car si elle est à la maison, elle pourra être avec David, chose qu’elle n’a pas pu faire quand il était petit. 

Elle lui annonce la grande nouvelle. Bientôt un petit bébé sera parmi eux, et ce petit a beaucoup de chance car il aura un grand frère de sept ans qui l’aimera beaucoup. 

David a souri et n’a rien répondu ; d’ailleurs il ne répond jamais rien. Son aspect extérieur est celui d’un enfant épanoui et heureux mais son monde intérieur est en plein chaos depuis sept ans et ça, elle ne l’a pas compris ; aveuglée par le grand bonheur de mettre bientôt un petit être au monde et de régler ainsi tous les problèmes, elle passe une fois de plus à côté de la réalité.

Dans son for intérieur, David est bouleversé par la nouvelle. Il n’est pas heureux dans cette maison, papa si sévère, maman qui ne semble pas faire grand chose pour le défendre malgré ses regards implorants qu’il lui lance et qui crient « au secours »  et voila que maintenant un bébé va venir et prendre toute la place ; que lui restera-t-il à lui ?

Alors, se sentant frustré il va, pendant ces longs mois, faire toute sortes de choses y compris beaucoup de bétises pour attirer l’attention sur lui ; c’est sa façon à lui de crier : «  et moi ! je suis là ! occupe toi de moi maman ! aime moi ! je suis ton petit garçon !  mais maman ne va pas comprendre. David ne lui laisse pas un moment de repit, elle doit se lever vingt fois par jour pour voir ce qu’il fait, il commence à mentir, il casse ses jouets ; ce n’est pas « son David » ou alors  son mari avait peut-être raison ????? l’enfer commence. 

  

  

Publié dans:ma vie |on 8 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-7ème partie

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  Le bébé est très beau. Lorsque se termine son congé  maternité, elle reprend le collier et lui, est confié à une crêche à la journée et alors, elle va, petit à petit comprendre la lourde responsabilité qu’elle a prise envers son fils qui n’a pas demandé à venir au monde et qu’elle a placé, dès le départ, dans une situation différente des autres, alors que les enfants ont besoin, pour se sentir bien dans leur peau, d’être « comme les autres ». 

Cela commence par l’interdiction pour elle d’être malade car son salaire, trop modeste pour suffire aux besoins réels du « foyer » ne peut en aucun cas être amputé, pour cause de maladie, mais le problème se complique par le fait que la crêche ne prend que les enfants bien portants aussi, un 38 de fièvre pour une dent qui perce et la mère, prévenue à son travail, doit reprendre immédiatement son enfant et le garder jusqu’à ce que la fièvre ait complètement disparue. 

Aussi trouve-t-elle une nourrice qui elle, gardera le petit malade ou pas, mais cela coûte plus cher. 

Les premiers mois vont malgré tout bien se passer. David pousse comme un champignon. A un an il marche, à quinze mois il commence à parler et un de ses premiers mots est « papa ». Au début cela n’est pas surprenant car lorsque le mari de la nourrice rentre du travail, ses enfants l’appellent ainsi, mais lorsque, quelques mois plus tard, David appelle « papa » tout ce qui porte pantalon y compris le vieux concierge, le facteur, le chinois qui traverse la rue et le noir qui passe dans le jardin public, le problème semble plus sérieux. 

A-t-elle fait une projection d’un sentimentde culpabilité quelconque et de ce fait donne à l’évènement une importance qu’il n’avait pas, elle n’en sait rien, mais quand, quelques mois plus tard elle rencontre par hasard, l’homme qui deviendra son mari, elle ne l’épousera que parce que son fils semble réclamer à corps et à cris un père. 

C’est vrai qu’au début cette nouvelle situation est moins angoissante que la précédente ; être deux, c’est quand même plus facile que d’être seule mais pourtant les choses ne se passent pas telles qu’elles le devraient. 

Le « futur » père  était, avant le mariage, sympa, souriant et tendre, mais peu  après que Monsieur le Maire ait donné son accord, très vite les choses ont changé ; le « devenu père » a pris son rôle très au sérieux, désirant faire de « son » fils un homme et non une poule mouillée et pour cela, une seule technique, celle qu’on a employée avec lui lorsqu’il était enfant et là, ce n’est pas mieux que celle qu’on a utilisée avec elle et parfois c’est même pire : « arrête de léchouiller ton fils, tu vas en faire un faible » « arrête de le caresser, tu vas en faire un homo ». 

Et puis, il faut punir le petit garçon pour  des broutilles d’après elle, pour en faire un homme d’après lui, et de malentendus en malentendus, d’erreurs en incompréhensions, non seulement le couple va se scinder en deux mais l’enfant, pris entre deux courants contradictoires, ne va plus s’y retrouver non plus et de nouveaux problèmes vont naitre, entrainant de nouvelles punitions que la mère essaiera d’atténuer( en cachette) et quand les coupables seront découverts, la situation empirera encore davantage. 

Pourtant, ce n’est pas un méchant homme ; une grande gueule oui, faible de caractère, c’est certain mais surtout cassé  par une enfance malheureuse et sans amour ; mais ces deux êtres qui ont vécu à peu près la même chose ont, en tant qu’adultes, deux réactions diamétralement opposées : 

Elle n’a pas reçu d’amour, c’est pour cela qu’elle veut tant en donner. 

Il n’a pas reçu d’amour, c’est pourquoi il ne peut ni en donner ni même recevoir celui qu’on lui offre. 

Comme cela ne suffit pas, il va perdre son emploi et quand, après quelques mois de chomage il retrouvera du travail, c’est elle qui rentre à l’hopital. Les docteurs ont prévus un mois d’hopital et un mois de rééducation, la réalité dépasse la fiction ca elle restera 21 mois immobilisée. 

Le petit bonhomme sera confié aux grands parents paternels qui, s’ils n’ont pas pu être des parents compréhensifs seront des aieux extraordinaires.                  

  

  

Publié dans:ma vie |on 8 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-6ème partie

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Tout cela, c’est bien compliqué et puis ses amies ne lui ont-elles pas dit  que l’essentiel était de rester ce qu’elle est c’est-à-dire leur amie. Au fond c’est vrai, personne n’est responsable de sa couleur de peau et de sa nationalité, par contre chacun l’est de ses pensées et de ses actes alors cela changerait quoi qu’elle reçoive un jour un bout de papier indiquant qu’elle est juive puisque son cœur et son âme le sont déjà. 

Les années vont passer, la société dans laquelle elle travaille fait faillite (pas à cause d’elle) ; elle quitte Arlette. Elles se promettent de se voir mais vous savez ce que c’est, rechercher du boulot, changer d’appartement, on se téléphone souvent, puis un peu moins, puis plus du tout pace qu’on a rencontré d’autres gens…. Parce que la roue tourne. 

Elle a 23 ans et habite rue de Reuilly dans le 12ème arrondissement. Ses voisins sont juifs, une famille rapatriée d’Algérie : le mari coiffeur, la femme, mère de famille plus beaucoup de frères, sœurs, et parents qui se réunissent tous les vendredis et bien sûr, on invite la voisine. 

Comme elle est belle cette grande nappe blanche !Comme elle est émouvante cette cérémonie d’allumage des bougies du vendredi soir et puis ces repas, pris en famille, où tout le monde parle en même temps, où chacun semble heureux d’être là et où les enfants sont rois. C’est bien quand même d’être juif ! 
                                   
Oui, elle a des amoureux. Après un mariage qui n’a duré que quinze mois, car se marier pour fuir les parents n’a jamais été une bonne raison pour sceller une union, surtout quand on a 17 ans ½ et qu’on a encore la moitié  du corps dans l’enfance, prisonnier de rêves merveilleux. 

Elle a eu des aventures et là encore, elle a tout confondu. Ce qu’elle cherchait, c’était la tendesse qu’elle n’avait jamais eue, les caresses dont elle était sevrée depuis sa naissance, que deux bras se referment sur elle, qu’on lui murmure « je t’aime » et on aurait fait d’elle la plus heureuse des femmes qui se serait donnée et dévouée pour l’homme qui aurait su la comprendre, mais comment pouvait-on la comprendre puisqu’elle même ne comprenait pas ce dont elle avait besoin ? alors, elle passait de bras en bras, heureuse un instant, malheureuse comme la pierre quelques temps après puis espérait dans le prochain, puis dans le suivant. 

Elle est enceinte. Elle sait qui est le père car si elle a eu beaucoup d’amants, elle n’en a jamais eu qu’un seul à la fois. 
Pendant un an, elle est sortie avec un collègue de bureau. La relation, agréable au début, s’est transformée en une liaison monotone qui n’apporte guère de satisfaction ni à l’un, ni à l’autre ; elle propose à son ami de se séparer, sans cris, sans haine, pour pouvoir rester par la suite de bons amis et il accepte. Elle est enceinte de deux mois mais n’en sait rien. 

Quand elle prend conscience de son état elle a presque terminé son troisième mois ; son voisin est un avorteur professionnel mais elle ne pense pas une seconde à s’adresser à lui.  

 

Cet enfant qu’elle a fait sans le vouloir, pourquoi ne le garderait-elle pas ? son compagnon était un garçon bien, correct et sain et puis elle a tant d’amour à donner que son petit sera sa raison de vivre ; elle l’aimera tant, lui fera au centuple les calins qu’elle n’a jamais reçus, elle lui parlera, l’écoutera, elle sera sa mère mais aussi et surtout son amie. 
                                    
Les voisins bien sûr ont été mis au courant ; personne n’a rien dit de désobligeant, au contraire, on dirait que le groupe s’est  resserré sur elle pour l’entourer, la protéger, alors, quand le bébé est sur le point de naitre, elle demande à sa presque famille de faire de l’enfant un ou une juive, si elle ne le peut pas, qu’au moins lui ou elle le soit. 

Pourquoi les voisins n’ont-ils pas expliqué que si la mère n’est pas juive, les enfants ne peuvent pas l’être non plus ? elle n’en sait rien mais lorsque le petit garçon aura fait son entrée dans le monde, ils organiseront de « A » jusqu’à « Z » la cérémonie. La circoncision sera pratiquée, comme il se doit, à la maison, le voisin sera le parrain et l’enfant recevra le merveilleux prénom de David.

une étoile au fond du coeur-5ème partie

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De cela aussi elle parle avec son entourage car elle est sûre que d’autres gens se posent les mêmes questions ; mais non ! très vite elle dérange, elle agace : 

« Mais Pétain était un très grand homme !  Bien sûr, et c’est pourquoi il figure à la lettre « P » dans le dictionnaire mais comme à la lettre « H » il y a Hitler ……..  

«  et tous ces gens qui ont risqué leur vie pour sauver des familles juives, je connais….. »  

«  et tous ceux qui ont dénoncé d’autres familles pour le simple plaisir, » 

 «  et nos maquisards qu’en fais-tu ? » 
«  et nos collabos, où sont-ils ? » 

«  c’est trop facile d’accuser, à l’époque on ne savait pas ce qui se passait ! » 

 «  bien sûr, les camps de transit étaient situés dans le sahara, les français habitant Drancy ne pouvaient pas savoir, et puis, il est notoire qu’à l’époque, les cheminots étaient en grêve, c’est pourquoi c’était les Allemands qui conduisaient les trains à bestiaux dans lesquels on entassait, à coups de crosses, cent vingt martyrs par wagon. C’est aussi les S.S. qui entretenaient le réseau de voies ferrées et le Furher qui donnait le coup de sifflet ; dans ces conditions, je comprends maintenant que personne n’ait rien vu, n’ait rien su, n’ait rien compris ! » 

 «  tu exagères, bien sûr que des gens ont vu ça et là des atrocités mais que pouvaient-ils faire ? ils étaient impuissants. » 
«  comme l’étaient les passeurs malhonnêtes qui, après avoir délesté leurs victimes, les laissaient errer en zone inconnue, à la merci de la première patrouille ; comme tous ces salauds qui ont fait du marché noir quand la population crevait de faim et comme ces paysans qui, moyennant salaire (nettement supérieur au S.M.I.G) acceptaient de prendre en charge des enfants qu’ils battaient, affamaient, enfermaient des heures dans des pièces sans sanitaire et ensuite, les obligeaient à manger leur merde ». 
«  tu es dégueulasse, tu déformes tout, tu mets en exergue des cas isolés pour salir la France, encore un peu et tu vas faire de nous tous, une bande d’assassins ; nous ne sommes pas Allemands que je sache ! » 
«  c’est peut-être notre seule chance mais si je reprends ton raisonnement, il y avait aussi de bons Allemands et comme ils dérangeaient Hitler, ils ont été, pour la plupart, les premiers locataires des camps d’extermination et aujourd’hui ils ne sont plus là pour témoigner, alors que chez nous, les bons et les mauvais sont redevenus anonymes ce qui veut dire que chaque salaud peut prétendre avoir été le plus brave d’entre nous et moi cela me dérange car quand je me trouve en face d’un homme qui a 20 ans de plus que moi, j’aimerais bien savoir si je peux lui serrer la main ou si je dois lui cracher à la figure ». 

Si elle comprend bien, le monde est divisé en deux : d’un côté les bourreaux, de l’autre les victimes et elle a eu la malchance de naître parmi les premiers ; il faut réparer cette erreur.  

Elle ne fait ni une ni deux, téléphone au consistoire israelite de Paris pour prendre rendez-vous avec un Rabbin. 

«  Que puis-je faire pour vous ? » 

 «  je voudrais devenir juive » 
«  pour quelle raison ? » (Quelle drôle de question !)  

«  parce que j’aime les juifs, qu’ils m’aiment aussi et que je me sens bien avec eux. » 
«  que savez-vous de notre religion ? »  

«  euh…… »  

«  savez-vous la différence entre votre religion et la nôtre ? »  

«  ah oui, ça je sais !, nous avons en plus le fils et le Saint Esprit, vous, vous n’avez qu’un D-ieu ». 
«  que savez-vous de nos fêtes , »  

«  Il y en a une qui s’appelle « le jour du grand pardon ».  

«  et les autres ? »  

«  vous avez aussi Pâques mais pas toujours à la même date que nous et puis une autre dont j’ai oublié le nom. »  

«  je crois que pour commencer, je vais vous remettre une liste de livres que vous voudrez bien lire et quand vous aurez fini et compris, revenez me voir ; voici l’adresse à laquelle vous pouvez vous les procurer ». 

Le magasin n’est pas loin du consistoire et ses yeux se ravissent de ce qu’ils voient : de jolies petites calotes brodées, des nappes blanches pour couvrir le pain, des châles de prières ; du côté bibelots, de merveilleux bougeoirs, des chandeliers à sept branches, des tubes joliment ciselés appelés « Mézouza », que l’on pose sur le chambranle de la porte. 

Elle a acheté les livres plus une étoile de David qu’elle s’est empressée de pendre à son cou, et une mézouza qu’elle a installée chez elle ; bien qu’elle sache que chez ses amies, elles sont posées côté couloir donc à l’extérieur, elle décide de la clouer à l’intérieur de son appartement, sur le milieu de la porte d’entrée, car elle ne voit pas pourquoi les voisins en profiteraient alors qu’elle veut voir ce joli « symbole » à chaque fois qu’elle passe devant la porte. 

Elle va tout lire, tout comprendre du moins le croit-elle et elle arrive à son deuxième rendez-vous qui sera suivi d’un troisième puis d’un quatrième, au cours desquels elle est incapable de répondre aux questions qui ne correspondent pas du tout, d’après elle, à ce qu’elle a lu. 

Quand elle en parle à ses amies, elles rigolent doucement et lui expliquent ce qu’elle aurait dû répondre, et elle s’aperçoit qu’elle est tellement emberlificotée dans ce qu’elle sait de Jésus, Marie, Joseph, qu’elle a tendance à mélanger l’ancien et le nouveau testament et surtout, à percevoir le tout comme une belle histoire. Elle, cela ne la dérange pas, mais cela ne semble pas tellement plaire au Rabbin. 

Publié dans:ma vie |on 4 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-4ème partie

droitsdelhomme.jpg      La porte s’ouvre, Arlette l’accueille de son merveilleux sourire. La pièce dans laquelle elle pénètre est grande et claire ; de beaux meubles, de grands tapis sur un parquet ciré et au fond du salon, les parents. Et là, elle reçoit son premier grand choc ; ils sont debout, l’un à côté de l’autre et semblent tendre les mains vers elle, comme ses personnages de rêve. Leurs yeux sont pleins d’amour, pour un peu elle les entendrait presque dire : enfin te voilà ! 

  

  

Elle est reçue comme elle ne l’a jamais été ; on s’intéresse à elle, on lui pose des questions, elle répond sans gêne. Il y a tant d’amour dans cette maison qu’elle le voit comme s’il s’était matérialisé, elle le sent, elle le respire.

Alors ! ce qu’elle rêvait existe vraiment ? Très émue, elle pénêtre dans la synagogue mais là, elle est déçue ; toute sa sensibilité à fleur de peau espérait trouver dans ce lieu, le calme, la sénérité, la présence divine alors qu’il y a une cacophonie terrible, chacun discutant avec son voisin des prix du beefteck ou du dernier potin de la veille.                  

Pour comprendre sa déception, il faut expliquer qu’après l’histoire de la motte de beurre, ses parents, pas praticants du tout (son père appelait les curés des « corbeaux à roulettes » ), mais inquiets de voir leur fille déjà mal tourner, l’avaient mise deux ans dans une école religieuse, chez les sœurs de Saint Vincent de Paul et lorsqu’elle allait à la messe, tous les dimanches, elle adorait et l’odeur de l’encens et ce lieu silencieux plein de mystères. Alors, dans sa naiveté, elle pensait qu’une synagogue devait être au moins aussi religieuse qu’une église. Ne voulant vexer personne, elle s’abstient de tout commentaire et préfère oublier sa surprise pour ne pas ternir ce rêve vivant                 
 

A-t-elle ému ses hôtes ? on ne le lui a pas dit mais peu après, elle a été invitée, toujours par Arlette, chez les parents de ses amies et là encore, elle sentait l’amour parental et filial qui embaumait chaque maison.                

Ses nouvelles amies lui conseillent des livres de toutes sortes, mais quand dans l’un de ceux qu’on lui a prêté, elle découvre les camps de concentration, elle reste clouée sur place. Est-il possible que des hommes en tuent d’autres dans les conditions aussi horribles, seulement parce  qu’ils sont ce qu’ils sont, qu’ils s’appellent Arthur ou qu’ils ont le nez de travers ? Elle préfère croire que l’auteur a une imaginaion morbide mais le deuxième livre, écrit par quelqu’un d’autre et traitant du même sujet étant encore plus horrible, elle décide de questionner son entourage, des gens plus agés qu’elles, qui avaient bien dû entendre et voir quelque chose puisqu’ils étaient adultes à l’époque de la guerre.                

 

La réponse fut la même partout, les mots variant de l’un à l’autre mais l’idée restant la même. «  oh ! la guerre, c’était terrible. En ce qui concerne les juifs, je n’ai rien vu mais de toute façon ce sont des gens bizarres. «  et c’est une raison pour les tuer ? «  Je n’en sais rien mais tu sais, ils ont bien du faire quelque chose pour être punis ainsi.  

  

Alors, le voilà donc le monde dans lequel elle est née : un monde  -qui ne sait rien- qui ne voit rien- qui n’entend rien- qui n’apprend rien…… et qui s’en fout !                 

C’est alors qu’elle découvre l’histoire du Vel d’hiv. Juillet 1942, raffle massive des juifs de la capitale. 12.000 à 15.000 personnes rafflées en quelques heures par la police française sur ordre des Allemands.                       

Pour arrêter et parquer dans un même endroit, en quelques heures, un nombre aussi grand d’êtres humains, dont la plupart étaient des femmes des enfants et des vieillards, il faut, outre l’ordre reçu, faire preuve de beaucoup de zèle et de conscience professionnelle pour accomplir ce « travail » aussi bien et aussi vite. Voilà que maintenant elle découvre que des hommes pareils à ses parents, voisins, qui pouvaient être de bons maris, de bons pères de famille avaient pu, d’un élan commun, accomplir cette besogne infame sans se poser de question. Où était leur âme ? où était leur conscience ? où était leur honneur ? et comment peuvent-ils continuer à vivre après un acte pareil ?. Peut-être certains sont-ils encore en fonction, chargés de faire respecter la loi, mais quelle loi ?  

  

Publié dans:ma vie |on 3 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-3ème partie

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Les années vont se suivrent et tristement se ressembler. A moins de seize ans, elle commence à travailler et tout à coup, le monde s’ouvre à elle. Les collègues de bureau parlent entre eux et de choses si nouvelles et si intéressantes et petit à petit, elle va oser questionner et elle aura beaucoup de chance, car personne ne se moquera d’elle et de ses questions débiles. Elle est si jeune qu’on la prend en pitié et on fait preuve de beaucoup de patience et de gentillesse. 

Encore quelques années qui s’écoulent. Maintenant elle est secrétaire et travaille au service après-vente d’une Société qui fabrique et vend réfrigérateurs et machines à laver. Elle a 19 ans ; Arlette, jolie fille du même âge et elle partagent le  même service. 

Mon D-ieu ! comme elle aime regarder le visage de sa camarade ; une peau légèrement basanée, des cheveux auburn naturellement bouclés, les lèvres bien dessinées, des dents très blanches et pour couronner le tout, est née en Egypte et a un tout petit accent : elle roule les « R ».  elle a surement eu une cousine comme elle dans ses rêves, d’oû l’affection muette qu’elle lui porte. 

 

Et puis, c’est le drame.Ce jour là, Arlette n’est pas venue travailler. Quand le lendemain elle réapparait, toute affolée elle lui demande : 

«  tu étais malade ? «  non, c’était la fête chez moi ».

 Là, il y a quelque chose  qu’elle ne comprends pas très bien ; ce n’est ni Noël ni le 14 juillet alors de quoi parle-t-elle ? 

«  c’était le jour du « grand pardon. »

Qu’est-ce-que c’est encore que ce truc là ? Devant son air ahuri  Arlette reprend : 

«  je suis juive ». «  toi ! ce n’est pas possible ! «  et pourquoi ça ? » 
« parce que tu ne vends pas de tissu et ton père pas d’habits. » «  Mais qu’est-ce-que cela a à voir ? » «  les juifs sont des marchands de tissus. » 
«  où as-tu péché ça ? » «  quand j’étais petite, ma mère me disait souvent qu’on irait bientôt m’acheter des habits au marché Saint Charles, chez les juifs : un juif, c’est quelqu’un qui vend des habits ! » 

Arlette n’en revient pas. Elle a entendu beaucoup de conneries dans son existence mais celle-la, jamais ! Après être passée par toutes les couleurs, avoir éclaté de rire, puis s’être calmée, elle essaie d’expliquer : 

«  les juifs sont un peuple qui prend son origine dans l’ancien testament. »
«  avant Jésus ? «  oui. Jésus fait partie du nouveau testament ». 
«  et qu’ est-ce-que c’était ta fête d’hier ? » «  nous jeûnons 25 heures pour demander pardon à D-ieu de toutes les fautes que nous avons commises dans l’année ; nous passons une grande partie de la journée à la synagogue. » «  C’est quoi une synagogue ? » «  c’est notre église à nous. » «  c’est comment ? » «  tu sais quoi ! si tu veux, je t’invite samedi chez nous, tu viendras à la synagogue et après nous déjeunerons avec ma famille tu veux ? » «  oui mais je ne vais pas déranger ? » «  mais non ! pourquoi ? » «  je ne sais pas, peut-être que vous n’avez pas le droit d’emmener quelqu’un comme moi, dans votre temple. » «  ne t’inquiète pas pour cela, c’est permis « et comment on s’habille ? » «  comme tu es ce sera bien ». 
 

  

Publié dans:ma vie |on 2 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

une étoile au fond du coeur-2ème partie

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 Si elle est  comme ça ce n’est pas de sa faute mais celle de ses parents. Non ! non ! non ! ce ne sont pas des métèques, au contraire, ils sont français à 100/100, de génération en génération, et fiers de le crier sur tous les toits ( du moins jusqu’en 1984 parce que après….), sa mère est normande, son père angevin. Le problème vient du fait que les deux adultes, non seulement ne lui parlaient pas,mais ne se parlaient pas non plus entre eux. 

Imaginez que si la petite fille qu’elle était à l’époque, les avait entendus se disputer, s’expliquer, parler des ritals, des boches et des youpins, c’est autant de clichés qui, enracinés profondément dans son cerveau, auraient refait surface plus tard, comme étant ses idées personnelles. 

N’ayant rien entendu, elle n’a rien su. Comme tous les enfants du monde, elle a  posé mille questions auxquelles on a répondu «  tu sauras ça plus tard » ou pas répondu du tout, alors, elle a  cessé de questionner à voix haute et pour oublier le désert dans lequel elle vivait, elle a, dès l’age de 7 ans, créé son propre monde imaginaire dans lequel tout n’était qu’amour et beauté.

 Le soir, quand elle allait se coucher elle  révait d’une famille immense habitant aux quatre coins du monde et recevait d’elle des cartes postales l’invitant, tantôt en Norvège pour Pâques, au Tibet pour Noêl et chez les esquimaux pour les grandes vacances et bien sûr, la famille s’agrandissait au fur et à mesure qu’elle apprenait la géographie. Elle a  ainsi traversé le monde, de part en part, en train, car bateau et avion, lui étaient inconnus, et ses yeux ne se fermaient que sur la dernière image, toujours la même, et toujours aussi belle : arrivée à destination, les membres de la famille l’ayant invitée l’attendaient sur le quai et lui tendaient les bras en disant : enfin, te voilà !

 Etant donné que durant de nombreuses années, ses grands-parents, oncles, tantes, neveux et cousines, étaient tour à tour, soit des vieux chinois aux yeux bridés, soit de grandes négresses aux cheveux crépus, avec ça et là, des cousines aux grandes tresses blondes et au costumes folkloriques, comment aurait-elle pu devenir raciste, puisque la seule famille qui l’aimait durant ses années de sevrage, était à ce point cosmopolite.

Complètement déconnectée de la réalité, elle va traverser enfance et adolescence dans un brouillard complet. A l’école, il n’y a pas trop à se plaindre, assise très souvent à côté du poêle, elle ,n’a  pas beaucoup souffert du froid. 

  

Sa mère est une femme laborieuse, triste et sévère et pour des riens elle lui donne des claques qui font très mal,  pas tellement à l’aller mais au retour car elle a une bague qui  lui écorche la joue, mais elle commence à détester  ces grandes personnes qui sont si injustes et ne savent pas aimer les petits enfants.     

  

Avec papa, les choses sont un peu différentes, elle ne le voit pas souvent car cuisinier dans un restaurant de Pigalle, il rentre tard dans la nuit alors  qu’elle dors, mais une fois par semaine, le jour où elle n’a pas classe, papa a son jour de congé et il l’emmène sur les grands boulevards ; un cinoche, toujours au même endroit, ensuite il achète de la barbe à papa et avant de rentrer au bercail, s’installe dans un café,  sirote un ricard et elle, sa menthe à l’eau. 

Une seule chose l’étonne : très souvent une dame marche à côté de son papa lorsqu’on sort du ciné ; pourtant ils étaient seuls quand ils  étaient entrés dans la salle de spectacle ; et puis, cette dame n’est jamais la même. Elle reste avec eux jusqu’à la barbe à papa et disparaît comme elle est venue. Elle oublie l’incident, puis elle s’y habitue. 

Publié dans:ma vie |on 1 janvier, 2010 |Pas de commentaires »

ma vie – evron ma ville natale

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CETTE VILLE VOUS EST INCONNUE ?  MOI, NON ! CAR C’EST LA VILLE OU JE SUIS NEE IL Y AURA BIENTOT 70 ANS.C’est aussi là que mes parents se sont connus, quelques années avant ma naissance, à un bal du 14 juillet, tous les deux étant d’excellents danseurs. (là, je me suis toujours demandé si l’un d’eux n’aurait pas mieux fait de se casser une jambe ce jour là)mais le destin en avait decidé autrement.

Mon grand-père paternel était le patron d’un hôtel-restaurant « l’hôtel du commerce »(attention hein ! on n’était pas des gueux.) et j’ai gardé beaucoup d’images de ces années passées chez pépé et mémé. Durant la deuxième guerre mondiale, la ville était occupée par les Allemands et a été libérée par les Américains. Le jour de la libération de la ville, mes grands-parents, mes parents, moi et les quelques clients de l’hôtel étions réunis dans la salle à manger,fenêtres ouvertes pour éviter les projections de verre en cas d’obus explosant tout près, et la deuxième consigne, qui avait été donnée par les autorités, était de ne jamais aller d’une pièce à l’autre sur nos jambes mais à quatre pattes ,ceci pour éviter d’être fauchés par une balle perdue. Inutile de vous dire que la petite fille que j’étais (j’avais 7 ans alors) rigolait sous cape quand je voyais passer devant moi, à 4 pattes mes grands -parents ou encore un client de l’hôtel.

Je revois la scène comme si c’était hier.Je revois aussi, hélas ,une autre scène qui ne m’a jamais quitté l’esprit et qui fait partie des choses qui ont forgé les principes qui sont les miens et qui m’ont dicté ma conduite dans différentes circonstances.

La ville est libérée, mais des allemands qui n’avaient pas pu s’enfuir ont été attrapés ça et là par les habitants qui les ont découverts.L’un d’eux, un simple troufion, d’après son uniforme et son képi ,est devant l’hôtel, entouré d’une foule de badauds qui rient, insultent et menacent ; à côté de lui, une charrette non attelée et près d’elle un énorme tas de pierres de toutes dimensions. Le prisonnier à ordre de remplir la charrette mais celle -ci s’incline dès que le chargement est important et la plupart des pierres retombent à l’extérieur. Nouveaux rires, insultes, menaces et l’homme doit recommencer et recommencer encore 

 Lorsque j’arrive et que je découvre la scène, je comprends que cela doit faire un moment que le prisonnier est occupé à cette tâche idiote car ses mains sont couvertes de sang.Je ne sais pas ce qui est arrivé après, ma mère est-elle venue me chercher? suis-je rentrée à l’hôtel ne voulant plus voir ce spectacle? toujours est-il que cette image m’est restée gravée dans l’esprit  jusqu’à aujourd’hui.

C’est grace à elle ,et surement a bien d’autres situations, que je me suis forgé les principes qui sont les miens et qui m’ont accompagnés tout au long de ma vie à savoir:

1) si un combat doit avoir lieu, qu’il soit fait « à la loyale » c’est-à-dire « un » contre « un »
 

2) si un homme a mal agi, il doit être puni mais pas par la foule et il est inutle d’ajouter l ’humiliation  qui ne peut que salir et abaisser ceux qui la pratiquent.
 

3) lorsqu’arrive le moment de la victoire, ceux qui dans les rues parlent fort, rient et se moquent devraient se demander s’ils en ont vraiment le droit, et pour le savoir, ils n’ont qu’à retourner dans leur passé récent et se rappeler où ils étaient et se qu’ils ont fait lorsqu’il y avait du danger : faisaient-ils partie de ceux qui ont risqué leur vie pour sauver d’autres vies? ou au contraire,se terraient-ils n’entendant rien, ne voyant rien pour essayer de sauver leur peau ? souvent, ceux qui parlent fort font partie de la deuxième catégorie.

Voila mes chers lecteurs mon coup de gueule d’aujourd’hui. J’avais un abcès dans le coeur depuis très longtemps, il vient de crever, maintenant je me sens mieux.  

Publié dans:ma vie |on 24 juin, 2009 |18 Commentaires »
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