Dans le dédale de Varanasi

 

 trouvé sur FB

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Bonjour à tous.

Voici un cliché réalisé dans le dédale de ruelles de Varanasi (Bénares).

J’espère que vous prendrez le temps de lire ce récit et le partagerez autant que faire se peut. Cette image me tient particulièrement à coeur, bien qu’elle soit sombre et assez dure à regarder.

Il y’a ici une sorte de message que je voudrais passer,en ces temps ou le débat fait rage, quant à montrer, ou pas, certaines choses en image. Mais c’est surtout l’histoire de cet homme qu’il faut retenir, et je m’en vais vous la conter par ces quelques lignes..

RÉCIT DE VOYAGE :

Cet homme, que nous appellerons Raju, je l’ai vu, pendant près de trois semaines, posé,ou plutôt échoué là, à cet endroit même, allongé sur sa paillasse, crachant et toussant sans cesse, dans l’indifférence la plus totale des quelques touristes passants dans ce quartier.

Tous les matins, je m’arrêtais dans une échoppe à quelques mètres de lui pour boire un tchaï et acheter mes provisions d’eau pour la journée. Il me saluait et je le saluais en retour avec les quelques bribes d’Hindi que je baragouinais.

J’avais remarqué dans son regard, cette détresse si pesante mais aussi, cette dignité, propre aux gens qui ont vécu d’une vie pleine et qui s’approchent lentement de leur dernier soupir.

Je lui donnais l’aumône, comme les gens du quartier, qui lui apportaient chaque jour, un peu d’eau et de nourriture.

Un matin, alors que je tirais le portrait d’une voisine et de son fils, le vendeur de l’échoppe me dit que Raju aussi voudrait son portrait. J’y avais pensé, bien entendu mais je n’avais pas osé, de peur de le blesser,d’une part et d’autre part, car ce sont des êtres humains que nous prenons en photo et pas des animaux, que nous ne sommes pas au zoo, lorsque nous sommes en reportage, à photographier la misère du monde pour notre propre plaisir.

Simplement montrer aux gens qui n’ont pas la chance de pouvoir se rendre compte par eux mêmes, et qui peut être ne se doutent pas que cela arrive aussi en bas de chez eux, partout dans le monde.

Grace à Sunny mon ami et traducteur sur place, j’ai pu me faire conter son histoire.

« Raju vit dans cette rue depuis plus de deux ans, il n’a plus aucun contact avec sa famille. Pourtant, il a bien deux enfants qui ont fondé chacun une famille, un fils commercial, et une fille médecin.

Ceux-ci vivent en dehors de Varanasi et ont donc une vie de famille correcte grâce à l’amour et l’éducation que Raju leur a offert des années auparavant.

Sa femme, partie trop tôt en raison d’une maladie infectieuse, il s’est retrouvé seul, malade, et a donc pris le Chemin de Varanasi afin d’y finir ses jours et d’achever le cycle des réincarnations, en étant inhumé au bord du Gange. »

Ce fut donc le coeur chargé d’émotions, et les larmes aux yeux, que j’ai immortalisé Raju, sur sa paillasse, redressé pour l’occasion.

Après avoir partagé un tchaï avec mon ami Sunny et Raju évidemment, j’ai pris la direction du Labo Photo ou je développais mes tirages, et ai donc imprimé et plastifié une série de 3 portraits.

Quel bonheur ce fut lorsque le lendemain midi, accompagné d’un sac de fruits et de tabac, j’ai pu lui offrir ces images… Cette fois, c’est Raju qui avait les larmes aux yeux, et c’était contagieux..

J’ai attendu un long moment avant de publier cette image car je ne trouvais pas encore les mots pour vous conter cette rencontre, et c’est le coeur empli de compassion et de nostalgie que je le fais aujourd’hui.

J’espère que Raju va bien, que l’hiver ne sera pas trop rude pour lui, mais qui sait, peut être ne verra t’il pas l’hiver….

C’est pour des moments comme celui-ci que je suis devenu Photographe  et je ne regrette strictement rien, je veux juste vous montrer qu’il y a aussi de la beauté dans la misère et c’est ce que j’ai voulu communiquer par ce cliché.

Bien à vous, d’ici ou d’ailleurs.

Maxime Nourry Photographe

Publié dans : émotion |le 11 septembre, 2015 |Pas de Commentaires »

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