Les contes de Jacques Salomé

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Conte de la petite Luciole qui avait toujours peur de quelque chose qu’elle ignorait…

Il était fois une petite luciole très silencieuse, qui disait toujours à sa maman quand celle-ci lui demandait, en voyant son regard triste :

« Mais à quoi penses tu ?

- J’ai peur, j’ai peur… », sans pouvoir en dire plus.

Et comme toutes les mamans, au pays des lucioles, celle-ci voulait tout de suite la rassurer : « Mais, ma chérie, tu sais bien que tu n’as pas besoin d’avoir peur,que nous t’aimons, ton papa et moi, que nous sommes là pour te protéger. Tu vois bien qu’il ne t’est rien arrivé de grave depuis que tu es au monde. Nous sommes là pour t’aider à grandir… »

Alors la petite luciole s’enfermait à nouveau dans son silence, jusqu’à ce que sa maman lui demande à nouveau :

« Mais à quoi penses-tu ? Tu ne me dis jamais rien .

- J’ai peur, maman !

- Mais, ma chérie, tu n’as pas besoin d’avoir peur, je t’ai déjà expliqué cent fois qu’il ne peut rien t’arriver de grave, d’ailleurs ton papa et moi… » etc….

Et la petite luciole redevenait silencieuse. Peut-être que si sa maman avait demandé à sa fille :

« Tu me dis que tu as peur, pourrais-tu, avec l’aide d’un petit objet (ou d’un gros), représenter ta peur, me la montrer ? Comme cela je ne te confondrais plus avec elle ! Je te verrais toi et ta peur à côté de toi et je pourrai enfin l’entendre sans te confondre avec elle. »

Cette mère aurait pu agir ainsi si elle avait su qu’au pays des lucioles il est possible d’aider un enfant grâce à la visualisation, c’est-à-dire en représentant ce dont on parle avec un objet.  Ainsi, en invitant sa fille à choisir un objet symbolisant sa peur, en lui proposant de le mettre à côté d’elle puis en lui demandant : « Et toi, qu’est-ce que tu veux faire pour ta peur ? Est-ce que tu veux la garder ? Est-ce que tu préférerais qu’elle soit à un autre endroit dans ton corps ? Est-ce que tu aurais envie qu’on la jette à la rivière ou qu’on l’enterre auprès d’un arbre ? Est-ce que tu voudrais au contraire en prendre soin car, vois-tu, derrière toute peur il y a un désir à entendre ? »

Cette maman luciole aurait pu apprendre qu’elle disposait de beaucoup de moyens pour aider sa fille. Non pas en faisant pour elle, non pas en la rassurant ou en la surprotégeant, mais en lui proposant de faire avec elle !

Si nous voulons découvrir ce qui peut se passer dans la tête d’une petite luciole, qui prétend avoir une peur qui l’habite, qui la taraude, qui l’envahit parfois au point de mobiliser toutes ses énergies, la visualisation est un bon moyen pour aider à cette découverte.

La plupart des parents ignorent ce qu’il y a dans la tête d’un enfant. Ils imaginent, ils s’inquiètent, ils veulent supprimer le malaise mais comme ils ne sont dans la tête de l’enfant, le plus souvent ils échouent et se sentent impuissants à pouvoir l’aider réellement. Ils ne savent pas non plus quand cette peur est arrivée dans le corps de leur petite luciole. À la suite de quelles rencontres ? À partir de quels événements ? De quelles paroles prononcées au-dessus de sa tête ? De ce qu’elle a pu voir ou percevoir d’un mal-être chez l’un ou l’autre, d’un conflit dont elle se croit la cause ? Une phrase mal interprétée, une dispute peut-être entre ses parents et, à partir de là, la peur est entrée en elle, habitée de pensées douloureuses : « Et si jamais ils se quittaient, si jamais ils divorçaient… qu’est-ce que je deviendrais ? »

Il peut arriver ainsi plein de choses dans la vie d’une petite luciole, tant de choses dont elle ne peut pas parler, justement et paradoxalement par peur d’inquiéter sa mère.

Car peut-être ne le savez-vous pas, au pays des lucioles, certains enfants, même tout petits, protègent leurs parents. Ils se sentent responsables d’eux. Dans leur tête, ils se disent : « Oh non ! Je ne peux pas dire à maman ce qui m’est arrivé, elle risquerait d’en mourir si elle savait… »

Certaines petites lucioles sentent également que leur maman est restée tout au fond d’elle-même une petite fille qu’il faut protéger. J’en connais beaucoup de ces petites lucioles courageuses qui prennent sur elles, très tôt dans leur enfance et tout au long de leur vie, la mission de protéger ainsi leurs parents.

Oui, je crois que la petite luciole à laquelle je pense est une petite fille très courageuse.

Peut-être un jour découvrira-t-elle enfin que derrière toute peur il y a un désir, et qu’elle entendra enfin d’où vient sa peur.

En attendant, j’ai écrit ce petit conte pour elle, rien que pour elle !

Jacques Salomé

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Publié dans : mes écrits et ceux des autres |le 28 octobre, 2014 |2 Commentaires »

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2 Commentaires Commenter.

  1. le 29 octobre, 2014 à 20:42 rim13 écrit:

    Bonsoir Yael, le conte est magnifique. Ja’ime beaucoup le slyle d’escriture de cet écrivain. facile à comprendre. bisous

  2. le 13 décembre, 2016 à 1:30 AUCH écrit:

    Petite lucioles touchante

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