les aventures d’une vieille carcasse – 10ème partie

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Plus de 60 ans ont passé depuis ces histoires et je voudrais dire à celles qui me liront et qui sont beaucoup plus jeunes que moi, que mes parents ne sont pas coupables de m’avoir fait souffrir car il ne l’ont pas fait exprès. 

  

A l’époque, il n’y avait ni psychologues, ni télé, ni revues destinées à expliquer aux parents leurs droits et leurs devoirs. De plus la génération de mes parents est, à mon avis, une génération sacrifiée. 

  

Jusqu’à eux, les choses allaient de soi ; d’abord parce que la majorité des gens vivaient à la campagne, comme l’avaient fait avant eux leurs parents et grands-parents. Les règles étaient immuables, les vieux mourraient à la maison chez les enfants, les enfants reprenaient les tâches du père, les filles qui bien souvent n’étaient pas scolarisées, aidaient leur mère dès leur plus jeune âge et personne ne trouvait rien à redire. 

  

Parce qu’il y a eu la guerre, beaucoup de choses ont changé. Les villes se sont peuplées, des lois ont été voté donnant des droits certes mais aussi des devoirs, plus de jardin potager pour faire la soudure, plus de charrette pour se transporter d’un village à l’autre, des frais inconnus font leur appartion, les appartements sont exigus et les jeunes de cette époque n’ont pas de modèle sur lequel il peuvent s’appuyer pour savoir quoi faire et comment le faire. 

  

Mes parents comme beaucoup d’autres étaient de braves gens, très travailleurs appartenant à la classe ouvrière et habitués à courber l’échine. Leur principal souci est de travailler, de ne pas avoir de dettes et d’être bien poli avec tout le monde.En un mot, de ne pas faire de vague. 

  

Ma mère était issue d’une famille de 11 enfants, et même si celle-ci n’était pas dans le besoin, le malheur à voulu que vivant dans une bourgade, lorsque le dernier de ses parents s’est éteint de maladie, à la maison, celle ci, poussée par la faim a pris sa petite sœur par le bras et est sortie pour mendier leur pain. Elles ont été recueillies par un organisme religieux et là le malheur frappe une deuxième fois maman. Sa sœur, du fait de son jeune âge, (2 ans) est mise en orphelinat et ira à l’école au moins jusqu’au certificat d’études, ma mère elle, à 11 ans et elle est mise à travailler chez des paysans. Pas aimée, maltraitée, elle sera enfermée dans des placards très sombres à chaque petite bêtise qu’elle fera, sera battue, et sa personnalité sera abimée à tout jamais. Elle deviendra une personne servile, qui courbe l’échine et chez ses patrons, et en face de son mari qui, comme on le lui a appris, est le maitre. Par contre, elle pensera peut-être qu’avec son enfant elle a des droits, droit de l’éduquer, droit de l’élever et droit aussi de la traiter comme elle l’a été elle-même, seule méthode qu’elle connaît.N’ayant jamais été aimée, n’ayant  jamais reçu de caresses elle n’a pas su m’en donner car elle ne savait pas que cela existait. 

  

Mon père lui est le dernier d’une fratrie de 4 enfants, 2 frères et une sœur. Mon grand père est propriétaire d’un hôtel restaurant situé dans la Mayenne et c’est tout naturellement qu’il apprend à son dernier, le seul métier qu’il connaît : cuisinier mais ceci à coup de taloches répétées, puis quand il estime que son fils en sait suffisamment, il lui fait son baluchon, lui donne quelques pièces et l’envoie à Paris où il doit se débrouiller.Mon père à 12 ou 13 ans. 

  

Le petit paysan qui débarque de son bled, trouve du boulot à Pigalle dans un grand restaurant ouvert toute la nuit, chez Graff, comme mitron et petit à petit comme cuisinier. A 15 ans, il est à la colle avec une dame habituée des lieux et c’est ainsi qu’il va faire son apprentissage de son  rôle d’homme de mari et de père. Son malheur à lui c’est qu’il a fait cet apprentissage dans les bas-fonds et qu’il n’a retenu que le négatif de la vie. Quand il rencontrera ma mère des années plus tard, il verra en elle la femme rêvée puisque très soumise.Ma mère elle, complètement frigide et empotée est en admiration devant ce bel homme et elle va le payer très cher. 

  

Mes chers parents, je n’ai jamais pu vous parler, je n’ai jamais pu vous dire ce que j’ai compris et maintenant vous n’êtes plus là pour que je le fasse mais si, de là où vous êtes, vous pouvez jeter un œil sur mes écrits, sachez que même si j’ai souffert à cause de vous, vous m’avez fait le plus beau cadeau que je pouvais espérer : vous m’avez donné la vie, une vie qui n’a pas toujours été facile mais qui valait le coup d’être vécue et  je n’ai eu qu’un regret c’est celui de ne pas avoir pu vous aimer.Alors à vous je dis merci et j’espère que vous l’entendez. 

  

Et moi je me demande ce que je vais vous raconter demain…… 

  

Publié dans : mes écrits et ceux des autres |le 22 novembre, 2009 |Pas de Commentaires »

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