les aventures d’une vieille carcasse – 8ème partie

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 LA MOTTE DE BEURRE

Qu’est ce qu’elle vient faire là celle là ? Que peut-on avoir à raconter sur un tel truc ? Mais si, elle a son importance puisque grâce à elle, ou à cause d’elle, j’ai appris une leçon que me servira toute ma vie. 

  

On est en 1945, j’ai 7 ans et même si la guerre est finie depuis 2 ans déjà, les restrictions elles, sont encore bien là. Mais dans la famille, il y a un caïd qui veille au grain et qui se fait un point d’honneur à nourrir sa famille au mieux. C’est un  peu normal puisqu’il est cuisinier et travaillant dans un grand restaurant il a à sa disposition des monceaux de bidoche, des produits laitiers à ne plus savoir qu’en faire,alors c’est tout à fait normal qu’il en ramène un peu à la maison.Non ce n’est pas du vol ! de l’emprunt tout juste et comme il se plait à dire et à répéter : « les patrons, tous des cons et les cons, moi je les baise ! » il fait tout simplement justice.Merci Papa. 

  

Un jour ma mère me donne une motte de beurre pour ma maitresse Madame Forget. C’est la première fois que j’amène quelque chose à l’école mais certaines des élèves, celles qui sont assises au premier rang, apportent chaque semaine ou presque, qui des bonbons, qui des chocolats. 

  

A la fin du mois, je reçois comme tout le monde mon livret scolaire, celui qui me vaut insultes, punitions et baffes, alors je regarde pour mesurer une fois de plus l’étendue du désastre, en me disant que je n’ai plus grand effort à faire pour être la dernière d’une série de 25 élèves et oh ! surprise ! je suis 10èmeça ! c’est pas possible ! c’est jamais arrivé. Mais en regardant mieux je m’aperçois que si les notes obtenues en français calcul et matières principales sont toujours aussi nulles, celles qui correspondent à la tenue en classe, la bonne conduite, la discipline sont à 2 chiffres.Et dans ma petite tête, une motte de beurre bien ronde, bien jaune et bien grasse me souffle : « tu pourrais me dire merci !» 

  

De retour à la maison j’ai présenté mon carnet à ma mère, elle n’a rien dit, elle a eu un petit rictus sorte de sourire chez elle puis des rides sont apparues sur son front, je pense qu’elle se demandait combien de mottes de beurre il faudrait fournir pourque je me maintienne dans les 10 premières. 

  

 Moi sur le coup, j’ai pas compris grand chose mais il me semblait bien pourtant qu’il y avait quelque chose qui clochait, et puis je suis retournée à mes poupées, jusqu’au jour ou est arrivé l’histoire du bouquet de fleurs…….première révolte d’une petite fille qui n’avait pas le droit de questionner mais qui commençait à se demander si les grandes personnes étaient aussi parfaites qu’elles en avaient l’air……… 

  

A demain. 

  

Publié dans : mes écrits et ceux des autres |le 20 novembre, 2009 |Pas de Commentaires »

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